S’opposer a toute attaque contre la plurinationalite
La question est posée par une certaine droite et par l’extrême-droite, faut-il interdire la binationalité et demander aux binationaux, aux multinationaux de se choisir une identité en particulier ? Il ne faut pas se leurrer, il s’agit d’une attaque contre les immigrés établis en France depuis peu mais aussi depuis plusieurs générations. On stigmatise encore un peu plus, on cherche des coupables, des boucs-émissaires.
Mais ce que les opposants à la binationalité n’ont pas forcément prévu c’est qu’ils ne touchaient pas que cette frange de la population accusée de tous les maux. Ils s’attaquent à tous les Français issus de couples mixtes, à tous ceux qui ont pu partir vivre à l’étranger, y avoir des enfants. Ils s’attaquent à une vieille tradition française qui permet d’être français tout en maintenant, revendiquant une autre nationalité, une autre origine, une autre identité.
Le positionnement contre la binationalité est non seulement réactionnaire, mais emprunt d’une vision du monde étroite, limitée. Elle pose un principe de nationalité française étriqué basé sur l’exclusion et non pas l’inclusion.
Quelle est la réaction ici à Montréal ? Dans la communauté française, j’ai surtout pu constater une opposition forte à ces idées. Certains ont même dit que si un jour on les forçait à choisir, ils pourraient abandonner leur nationalité française pour rester seulement canadiens.
Il y a toutefois eu, de manière surprenante quelques réactions qui ont sous-estimé ce dossier. Oui, la binationalité n’a pas été supprimée. Oui, ce projet est soutenu par quelques personnes et il est loin d’être finalisé ou adopté. Mais non, il ne faut pas considérer une réaction, une mobilisation contre cette idée de suppression de la binationalité comme un mouvement de “bien-pensants parisiens de gauche”. Non. La mobilisation est importante. S’il n’y a pas de réaction, si tous les Français touchés par cette situation restent muets, quel signal envoyons-nous ? Nous donnons du pouvoir aux proposeurs et porteurs de ce projet. Il faut dire non. Et plus nous serons nombreux, plus nous tuerons dans l’œuf tout projet de modification de la nationalité française.
Alors, signez la pétition de Français du Monde :
http://francaisdumonde-quebec.org/etat-civil/droit-nationalite
2 comments

Avec tout le respect que je peux avoir pour des initiatives qui défendent l’idéal républicain et le visage multiple d’une France en phase avec son époque, je ne peux manquer d’apporter mon profond scepticisme à l’égard d’une pétition qui alimente plus qu’elle n’éteint le feu allumé par l’extrême-droite française.
J’ai eu l’occasion d’échanger aussi à Montréal, et ici cette semaine à San Francisco, avec plusieurs membres de notre communauté française qui regardent avec beaucoup de dédain la proposition irréaliste de remise en cause du principe de binationalité et qui sont supris de voir certains partis de gauche alimenter ce qui apparaît déjà comme un non-débat. J’ai l’étrange impression, en lisant ce billet, qu’on remue la fange, en mâtinant le propos de gentilles paroles très moralisatrices, mais que tout ceci n’apporte rien de bien concret au débat…
Je fais partie de ceux qui, non ne « sous-estiment » pas le dossier, mais considèrent qu’enfoncer des portes déjà ouvertes n’apporte rien de neuf sinon brasser du vent. C’est le reproche que j’adresse à des partis politiques de gauche qui passent leur temps à faire la morale à ceux qui ne suivent pas « la ligne du parti », et que l’on ne voit pas beaucoup sur le terrain quand il s’agit de faire réellement bouger les choses dans un sens innovant.
La réalité, c’est qu’au lieu de passer leur énergie à débattre de la binationalité, les Français d’ici la vivent et la font évoluer quotidiennement. C’est en accompagnant ces Françaises et ces Français dans leurs initiatives de chaque jour que l’on répondra le mieux aux absurdités du FN. Et non en s’épuisant en arguties… En tout cas, c’est ma façon de voir les choses et de pratiquer mon engagement citoyen, dans le respect des positions divergentes exprimées. Si votre pétition peut faire bouger les lignes, tant mieux. Pour le moment, je préfère placer mon action sur les terrains de la culture, de l’entrepreneuriat, de l’action sociale et de l’éducation. Là où se crée quotidiennement une éthique du vivre-ensemble, et bien loin d’une morale politicienne qui ne fait que donner du bâton.
Philippe Régnoux
Je ne suis pas d’accord avec ton analyse.
Il ne s’agit pas d’une morale politicienne puisque cette pétition et les réactions de Français de l’étranger à travers le monde et de Français stigmatisés sont celles de citoyens, membres d’associations diverses, de personnes de la société civile et non pas le fait de structures partisanes.
Ensuite, signer cette pétition n’exclut pas l’action directe, l’engagement citoyen, l’accompagnement d’initiatives, etc. Bien au contraire elle s’y inscrit et regroupe des signataires de toutes les tendances et de tous les milieux. Elle défend des valeurs du vivre-ensemble. J’ai l’impression que dire l’inverse est extrêmement limitatif et justement s’inscrit dans un discours politicien qui désenchante les citoyens.