Les Francais de l’etranger meritent mieux qu’un plan de communication politique
La nomination de David Douillet au tout nouveau Secrétariat d’Etat pour les Français de l’étranger fait jazzer. L’organisation Français du Monde dénonce à juste titre une tentative de « drague » et, dans un communiqué de presse bien senti, plusieurs sénateurs des Français de l’étranger s’insurgent contre un geste purement électoraliste.
Ce qu’illustre cette nomination d’un people à 10 mois de grandes échéances électorales c’est une piètre estime des Français de l’étranger, une très mauvaise connaissance de leur réalité et un pied de nez aux vrais problématiques de la vie des expatriés. Comme le rappelle Français du Monde, on crée d’un côté un secrétariat mais de l’autre on coupe les budgets des services rendus à ces mêmes Français.
Alors, à la veille des élections présidentielles et législatives de 2012, d’une échéance importante qui devrait permettre de faire émerger un débat local entre les Français de l’étranger souvent dispersés au sein de leur vaste circonscription, il faut être prudent et ne pas se laisser abuser par des effets d’annonces. Je souhaite que les candidats aux législatives envisagent cette campagne à venir comme un moment privilégié pour aborder de vraies questions qui concernent les électeurs et leurs familles. J’espère qu’ils sauront ne pas gérer leur campagne comme un plan de communication, comme des communicants qui s’attardent plus à la forme et à l’image qu’au fond. Je les invite vivement à se tourner vers les élus déjà présents (conseillers des Français de l’étranger) sur le terrain qui connaissent bien les problématiques de leurs administrés.
S’opposer a toute attaque contre la plurinationalite
La question est posée par une certaine droite et par l’extrême-droite, faut-il interdire la binationalité et demander aux binationaux, aux multinationaux de se choisir une identité en particulier ? Il ne faut pas se leurrer, il s’agit d’une attaque contre les immigrés établis en France depuis peu mais aussi depuis plusieurs générations. On stigmatise encore un peu plus, on cherche des coupables, des boucs-émissaires.
Mais ce que les opposants à la binationalité n’ont pas forcément prévu c’est qu’ils ne touchaient pas que cette frange de la population accusée de tous les maux. Ils s’attaquent à tous les Français issus de couples mixtes, à tous ceux qui ont pu partir vivre à l’étranger, y avoir des enfants. Ils s’attaquent à une vieille tradition française qui permet d’être français tout en maintenant, revendiquant une autre nationalité, une autre origine, une autre identité.
Le positionnement contre la binationalité est non seulement réactionnaire, mais emprunt d’une vision du monde étroite, limitée. Elle pose un principe de nationalité française étriqué basé sur l’exclusion et non pas l’inclusion.
Quelle est la réaction ici à Montréal ? Dans la communauté française, j’ai surtout pu constater une opposition forte à ces idées. Certains ont même dit que si un jour on les forçait à choisir, ils pourraient abandonner leur nationalité française pour rester seulement canadiens.
Il y a toutefois eu, de manière surprenante quelques réactions qui ont sous-estimé ce dossier. Oui, la binationalité n’a pas été supprimée. Oui, ce projet est soutenu par quelques personnes et il est loin d’être finalisé ou adopté. Mais non, il ne faut pas considérer une réaction, une mobilisation contre cette idée de suppression de la binationalité comme un mouvement de “bien-pensants parisiens de gauche”. Non. La mobilisation est importante. S’il n’y a pas de réaction, si tous les Français touchés par cette situation restent muets, quel signal envoyons-nous ? Nous donnons du pouvoir aux proposeurs et porteurs de ce projet. Il faut dire non. Et plus nous serons nombreux, plus nous tuerons dans l’œuf tout projet de modification de la nationalité française.
Alors, signez la pétition de Français du Monde :
http://francaisdumonde-quebec.org/etat-civil/droit-nationalite
La maison de la France a Montreal ?
Il y a quelques jours, en sortant de l’Union française, j’ai constaté que, juste à côté, à l’angle Viger Berri, une grande affiche annonce l’ouverture de la maison du Maroc. Les travaux sont en cours.
Alors que le débat bat son plein, que le CA de l’Union française sue sang et eau pour tenter de trouver des solutions à une situation catastrophique, qu’un rapport est en cours de rédaction, la question du lieu, de ce qu’on doit en faire se pose. Faut-il vendre le bâtiment et aller acheter ailleurs ? Est-ce que la bâtisse actuelle est bien située ? Que faire de l’Union française ? Quelles activités y tenir ?
Je n’ai pas de réponses à tout cela. Et je souhaite que le débat ait lieu, que la communauté française participe à la prise de décision. Mais l’ouverture d’une maison du Maroc à deux pas de là ne devrait pas passer inaperçu. Il devrait même alimenter le débat et nous offrir des pistes de réflexion.
Tout d’abord, si le centre culturel d’une autre communauté francophone s’ouvre à côté, est-ce que cela ne devrait pas nous questionner sur l’intérêt de changer de quartier ? Peut-être que ce lieu va devenir plus intéressant, que des partenariats pourraient être créés entre l’Union française et la Maison du Maroc (expositions, activités, programmes d’accueil, etc.).
Ensuite, l’Union française et les associations impliquées dans les prises de décision la concernant devraient prendre contact avec ceux qui créent la Maison du Maroc. Il faudrait les questionner sur leurs choix : pourquoi venir ici ? dans quel but ? quels sont les objectifs de la Maison du Maroc ? Leurs choix pourraient alimenter la réflexion et le débat au sein de la communauté française.
Enfin, est-ce qu’il n’y a pas lieu de faire de l’Union française, ce qu’elle fut par le passé, une Maison de la France et des Français à Montréal ? Là encore, une étude de la mission et des objectifs de la Maison du Maroc seraient peut-être une stratégie pertinente pour nous aider à nous faire une idée.
Ce serait tout de même triste que, alors qu’un centre culturel flambant neuf devient le voisin de l’Union française, notre vieille et respectable institution, notre patrimoine commun, périclite et disparaisse. Certains éléments de réponse sont peut-être à aller chercher de l’autre côté de la rue Berri !
Dynamisme encourageant – CCFC et Objectif Quebec
Ce jeudi soir, je reviens de deux enregistrements d’émission Pontransat où il était question des stagiaires français au Canada et des associations de premier ligne pour les nouveaux arrivants, dont Objectif Québec (OQ).
Dans la première émission j’ai eu la chance de rencontrer Véronique Loiseau, directrice de la Chambre de commerce française du Canada (CCFC) et Charlotte Daures, une stagiaire de son équipe. Le cadre que représente la CCFC pour les stagiaires est formidable. C’est un espace de vie et de formation extraordinaire pour les stagiaires.
La seconde émission m’a permis de mieux apprécier l’étendue des connaissances de Yoann Ronsin, président d’OQ, et le rôle de cette association. Je suis sorti de l’émission convaincu que tout nouvel arrivant devait passer par la case OQ pour être bien informé et bien dirigé.
Ces deux entretiens m’ont convaincu du dynamisme qui couve dans notre communauté, de son ouverture sur les autres cultures du Québec. Ils gagnent à être connus !
L’esprit de 1886 : rassemblement, solidarite et union
Si on doit s’attarder sur les événements marquants de la communauté française au Québec depuis la séparation entre la France et sa colonie, depuis que les anciens colons sont tour à tour des Canadiens, des Canadiens français et des Québécois, il existe une année qu’on pourrait qualifier de fondatrice.
Cette année clef est 1886. Sous le parrainage bienveillant du Consul de France à Montréal, les associations françaises s’associent pour organiser un 14 juillet festif. L’évènement autant que la collaboration entre les associations sont un succès. Il est donc décidé de créer autre chose, une suite, de ne pas laisser la motivation s’émousser. Ces mêmes associations fondent alors un comité qui débouche sur la création de l’Union française. Au même moment, et porté par le même souffle, la Chambre de commerce française de Montréal est fondée. Elle partage par la suite et pendant des années ses locaux avec l’Union française.
Il faut avoir conscience que 1886 n’est pas n’importe quel moment dans l’histoire de la communauté française. Autour de 1870 commence la période de la grande migration qui emporte vers les Amériques des millions d’Européens. Les Français ne sont pas en reste et beaucoup s’installent dans la province du Québec. Même si depuis 1763, des individus et des marchandises circulent et entrent au Québec (le libraire Hector Bossange, des religieux, les membres de l’association bonapartiste de Québec, négociants en vin, etc.), à partir de 1870 ce mouvement s’accélère. Mais l’immigration française n’est pas homogène. On rencontre des ouvriers, des travailleurs, des commerçants mais aussi des professions libérales, des investisseurs, etc. Politiquement, elle ne l’est pas non plus et représente la diversité des opinions politiques françaises : bonapartistes, royalistes et républicains.
Pourtant, malgré ces divisions naturelles, la communauté est capable de fonder deux associations (l’union française et la Chambre de commerce) qui non seulement vont perdurer mais qui vont aussi devenir les piliers et les vitrines de cette communauté.
Dès lors, 1886 apparaît comme un état d’esprit particulier : celui du rassemblement, de l’union et de la solidarité.
125 ans plus tard, en 2011, j’ai personnellement l’impression que cet esprit 1886 est à nouveau là. Les tensions entre les associations autant que les conflits interpersonnels qui ont miné la communauté dans les dernières 15 années semblent s’apaiser. La nouvelle direction de l’Union française ouvre pleinement ses portes pour accueillir les associations françaises. Ces dernières s’y rendent volontiers, heureuses d’avoir trouvé un espace où se rassembler. Mieux, financièrement ou grâce à des propositions, plusieurs d’entre elles essaient d’aider l’Union française à redresser la barre, à assainir ses finances. De plus, toute une génération d’immigrants arrivée après 1995 est en train de prendre sa place et ses responsabilités.
En 2011, il y a un nouvel esprit 1886 qui donne à l’engagement associatif un intérêt certain et qui modifie clairement l’atmosphère au sein de la communauté française.
Entreprises, entrepreneurs et associations
Ce matin, un article sur Rue89 attire particulièrement mon attention. Il s’intitule Et si les entreprises prêtaient leurs salariés aux associations ? On parle de mécénat de compétences qui se traduit par un prêt ou l’investissement de ressources humaines par les entreprises au sein d’associations.
Cet article me ramène clairement à la situation de la communauté française au Québec. Les entrepreneurs y jouent un rôle déterminant. Ils s’investissent personnellement, donnent du temps et parfois, comme ce fut le cas au CERF (Cercle des entrepreneurs et réseauteurs français), des idées. En effet, dernièrement, pour offrir des pistes de solutions à l’Union française, les membres du CERF ont réfléchi sur des solutions très pratiques pour rentabiliser l’Union française et la remettre à flot.
Peut-être que la prochaine étape est bien le prêt d’employés !
Importer son parti politique francais au Quebec
Lorsqu’en 2007 un groupe de Français favorables à François Bayrou proposèrent de fonder le Mouvement démocrate au Canada, j’ai fait partie des premiers à rejoindre leurs rangs. Il y avait dans cette période post élections présidentielles une atmosphère, un momentum. Tout d’abord, il fallait avoir vécu la campagne présidentielle à Montréal pour comprendre comment la passion politique s’était emparée de la communauté française. À l’automne 2007, elle était encore palpable. Ensuite, l’élection de Nicolas Sarkozy, le bon résultat de François Bayrou et les querelles au sein d’un PS divisé autour de la personne de Ségolène Royal créaient une situation que certains pensaient inédite. Pour eux, le paysage politique français allait changer en profondeur et peut-être même que le moment d’un renouveau dans la manière de faire de la politique était arrivé.
Pour moi le MoDem incarnait alors un nouvel idéal, un projet novateur qui se basait sur la démocratie représentative autant que participative et qui pouvait décloisonner le politique, en faire un élément moins partisan mais collaborant et œuvrant pour la société civile.
Et puis, les mois ont passé, les ambitions personnelles même au sein de petits groupes ont réapparu et enfin la logique de parti, un parti qui doit vivre, se financer et gagner des élections e a repris sa place. Ici à Montréal, le MoDem avait tout fait pour s’investir dans des projets, soutenir l’innovation et le progrès. Mais il suffisait de nommer son appartenance, de dire qu’on était dans un parti pour que la méfiance s’installe et qu’on craigne une tentative de récupération de l’association et de la liste de ses membres. Toute association, fricottant de trop prêt avec un représentant d’un parti, courrait le risque de voir sa neutralité mise à mal. Il fallait que ses dirigeants soient prudents pour éviter que des tensions s’installent parmi ses rangs.
Tous ces éléments m’ont obligé à faire un choix entre engagement politique et engagement associatif. Ce dernier l’a emporté et de loin. Parmi l’ensemble des réflexions et des arguments qui se posaient à moi, un des plus importants était clairement celui du rôle d’un parti politique français hors de France et plus précisément au Québec. Que devait-il faire ? Les élections des Conseillers des Français de l’Etranger étaient un enjeu pour ces partis, ne serait-ce que parce que les conseillers élisaient des Sénateurs… pourtant, elles restent des élections plus « informelles » et donnent aux élus un mandat très limité et circonscrit par le Ministère des Affaires étrangères mais aussi par le fait qu’ils sont installés à l’étranger. Certes, l’élection d’un député en 2012 pour toute l’Amérique du Nord, le poids de plus en plus important des Français à l’étranger qui ne peut être négligé par les candidats aux présidentielles, plaident en faveur de l’implantation des partis français à l’étranger. Mais concrètement, sur le terrain, à part pour faire gagner leurs candidats, leurs moyens d’action sont ridicules.
Lorsqu’on vit à l’étranger, même si on suit avec beaucoup d’intérêt la situation en France, n’est-il pas plus pertinent de s’engager dans le milieu associatif pour agir, changer la communauté plutôt que de s’encarter dans un parti ? N’est-ce pas aussi importer tout bonnement et faire survivre ses grilles de lecture françaises ?
D’un autre côté, être dans un parti politique français, c’est également montrer qu’on se soucie de ce qu’il se passe en France. C’est espérer pouvoir faire remonter dans ces organes partisans des projets et des idées qui fonctionnent dans d’autres pays et qui pourraient être adaptés en France. Il ne faut donc pas négliger ces aspects et respecter le choix de ceux qui décident de prendre leur carte et de promouvoir ou de représenter leur parti à l’étranger.
Pourtant, je reste convaincu que dans l’action et le développement du milieu associatif et donc de la communauté, importer ces querelles partisanes c’est malheureusement brouiller encore plus les cartes et nuire à la communauté dans son ensemble. Plutôt que de se diviser sur des questions de politiques internes en France, il vaudrait mieux s’unir ici au Québec pour donner à la communauté une force et un poids nouveau.
